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En Boucle #7 ft. Shkyd : « Un bon sample, c’est comme la Chuck Taylor de Converse : ça n’arrête jamais d’être jeune »

En Boucle #7 ft. Shkyd : « Un bon sample, c’est comme la Chuck Taylor de Converse : ça n’arrête jamais d’être jeune »

musique
13 octobre 2017
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13 octobre 2017
Avec En Boucle, RADAR prend le temps d’interroger les producteurs sur le sample, un art aux airs de déjà-vu. Septième épisode avec Shkyd et ses influences éparses, architecte du mystérieux 00h92 de Rufyo, dont le nom se cache derrière les morceaux de Lil B, d’Espiiem ou de Brav.

Quelle est la place du sample dans ton processus créatif ?

50%. C’est l’instrument dont je sais le mieux jouer, le sample. J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de profondément magique à pouvoir créer de la musique à partir de la musique elle-même. On peut tellement faire de choses différentes avec la même matière de 5-6 secondes. L’accélérer, la ralentir, changer sa tonalité, la jouer à l’envers, la noyer dans des effets…

À une période j’étais sur MPC 1000, maintenant je ne jure que par le EXS24 de Logic. Qu’il s’agisse de samples d’autres artistes ou de mes propres créations pensées pour être re-coupées, j’utilise de nombreuses banques de sons qui me servent généralement de bases pour mes morceaux. Souvent, une fois que je vois où l’histoire du sample veut m’emmener, je supprime ou maquille la boucle et je crée une mélodie ou un rythme à partir de ça.

Parfois le sample fait la chanson, parfois il sert de moodboard.

 

Comment travailles-tu généralement les samples dans tes compositions ?

Soit je tombe par hasard sur une boucle et j’en tombe amoureux. C’est le cas sur « Lemon » où je reprend « More Time To Explain » de The Relatives. Soit je prend un morceau au hasard d’un artiste dont j’aime généralement les sonorités et je découpe sans écouter l’original. J’aime bien être surpris quand j’écoute de la musique, alors j’essaie de me surprendre également que je crée.

Sur « Look At Me » par exemple, j’ai samplé un morceau d’un de mes groupes soul préférés, The Moments. Je n’avais pas écouté le morceau avant, j’étais juste d’humeur à découper un fichier et au bout de quelques secondes j’ai senti qu’il y avait quelque chose dans cette montée de violons et de cuivres.

 

 

Quels sont tes producteurs de référence en matière de sample ?

Les premiers ont été RZA, DJ Premier et DJ Mehdi, mais au final ceux qui m’ont le plus marqué restent J Dilla et Madlib. Qu’il s’agisse de l’étendue de la sélection des samples, le découpage minutieux et unique, le groove spectaculaire, l’édition parfois imparfaite mais tellement vivante… Ils donnent pour moi la meilleure définition de ce que sampler est : redonner vie.

Un bon sampleur, il travaille comme Brian de Palma pour Scarface. Qui a vraiment envie de revoir l’original après la patate de ce remake ? Je garde en tête les boucles surprenantes de « Lightworks » de Dilla et de la trouvaille mélodique incroyable sur « Soon The New Day » de Madlib.

 

 

Quand il sagit de sample, où est-ce que tu situes la frontière entre la reproduction et la création ?

Je pense au final que ça importe. Tout le monde emprunte. Et le public s’en fiche royalement. On finira, je l’espère, par trouver une solution juridique simple et juste où tous les empruntés trouvent leur compte et les emprunteurs se sentent libre d’exploiter.

Selon toi, quelle est la définition dun bon sample ?

Un bon sample, c’est celui qui raconte la bonne histoire au bon moment.

Je suis assez fasciné par la boucle de saxophone de « Darkest Light » de The Lafayette Afro Rock Band. C’est resté relativement confidentiel dans les années 70, et puis 20 ans plus tard, Public Enemy a transformé ces 5 notes de saxo en quelque chose de hip-hop. 10 ans après, Jay Z l’a ressorti sous une autre forme pour une toute autre génération, un tout autre public. Ce morceau dure 6 minutes et implique 7 musiciens. Il fallait être un bon producteur pour comprendre que la seule chose qui comptait, c’était en fait ces 8 secondes d’intro. Et ces 8 secondes, sous cette nouvelle perspective, deviennent un bout de l’Histoire de la musique.

Un bon sample, c’est une Chuck Taylor de Converse : ça s’adapte aux modes, ça n’arrête jamais d’être jeune.

 

Comment imagines-tu l’avenir du sample ?

J’espère naïvement que ça finira par ressembler à ce que fait le musicien français Chassol, et qu’au lieu de sampler des disques, on ira trouver les boucles parfaites chez les gens eux mêmes.

En Boucle #7 ft. Shkyd : « Un bon sample, c’est comme la Chuck Taylor de Converse : ça n’arrête jamais d’être jeune »
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Le premier morceau que tu as samplé ?

« Easy Days » des Pointer Sisters. J’ai fait mes premiers beats sur FL Studio, et à l’époque j’utilisais simplement les sons d’usine, ça sonnait donc très électronique. J’avais gravé un CD pour faire découvrir mes sons à mes potes au collège. Un d’entre eux était revenu me voir le lendemain en éclatant de rire et en me disant que c’était extrêmement nul, « mes sons de jeux vidéo ».Comme j’étais vexé et que je traînais pas mal sur Sampleurs/Samplés à cette époque, j’avais décidé de me mettre au sample.

La première pochette qui m’avait accroché l’oeil, c’était celle des Pointer Sisters. Il y avait des bouts de 30 secondes à télécharger sur le site, j’avais donc pris celui-là et je l’avais placé dans le formidable FL Slicer. J’avais par la suite filé le beat à un mec de mon lycée qui avait posé dessus – mon tout premier « placement » !

 

Le morceau le plus original que tu aies samplé ?

Sur « Aux Anges » d’Espiiem, la boucle est en fait issue de la deuxième partie de « Hilton & De Brignac » que j’ai produit pour Rufyo. J’ai mis cette outro à l’envers, j’ai rajouté une ligne de basse et ça a créé une nouvelle chanson. Il n’y a rien qui ne m’amuse plus que d’être ma propre source d’inspiration pour sampler !

Le morceau original que tu as appris à apprécier à travers un sample ?

« Footsteps In The Dark » des Isley Brothers, utilisé par J Dilla sur « Won’t Do ».

La puissance de chaque élément de cette batterie, qu’il s’agisse de la caisse claire, des charlets ou du groove… Imparable. Sur le morceau de Dilla, le moment précis où le pied lance la deuxième mesure et déclenche la boucle de moog de « Alfie » de Dick Hyman : un de mes plus grosses émotions dans la musique.

 

Le morceau original quon ne devrait plus jamais sampler ?

La sirène du « Ironside » de Quincy Jones… Laissez la tranquille maintenant s’il vous plait.

 

Le sample dont tu aurais aimé être lauteur ?

Il y en a tellement mais les deux plus grosses claques ce serait « Kingdom Come » de Just Blaze pour Jay Z qui reprend « Superfreak » de Rick James (s/o Nodey), et « Aerodynamic » des Daft Punk qui reprend « Il Macquillage Lady » des Sister Sledge. Plus récemment, « The Story of O.J. » de No ID m’a surpris, j’adore la découpe imparfaite et le sample qui raconte une histoire, avec Jay qui a l’air de rapper en répondant à la boucle de Nina Simone.

portrait photo musicien producteurShkyd 3 - En Boucle #7 ft. Shkyd : « Un bon sample, c’est comme la Chuck Taylor de Converse : ça n’arrête jamais d’être jeune »

Le sample dont tu es le plus fier ?

Un morceau que j’ai produit en 2012, « Grandir », pour un rappeur qui s’appelle Fonzie Winkler. J’avais pris une boucle de guitare issue d’une sorte de comédie musicale 70’s (Let My People Come), ambiance The Rocky Horror Picture Show, qui parle surtout de sexualité. Sur la 3e chanson, qui s’appelle « I’m Gay », le personnage s’adresse à ses parents et leur demande d’accepter son homosexualité. Aucune idée de comment je suis tombé là-dessus, mais je crois qu’aucun morceau de ce très bon disque n’a vraiment eu d’impact.

Toi-même tu sais, quand je tombe sur un sample qui n’est pas référencé sur WhoSampled, j’ai l’impression d’être un grand chercheur d’or. Alors, fier de la trouvaille, j’ai accéléré cette boucle de guitare, sur des drums empruntés à Allen Toussaint, et j’ai fait ce beat. Celui-là, il fallait le trouver…

 


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